LE CHEVREUIL EGARE

 

Je me suis égaré en quittant ma forêt, et je suis arrivé par hasard dans un jardin, dans le petit village de Samois-sur-Seine. D’un bond, je me suis élancé par dessus la barrière, et j’ai atterri sur la pelouse.

 

Ah ! Quel beau jardin ! Grand ! Immense ! Il était caché, parmi les autres, et entouré d’arbustes tout autour. J’y suis resté quelques jours, je me plaisais bien.

 

Les propriétaires du jardin surpris, mais contents, venaient me rendre visite dans la journée, et me surveiller. Je faisais le tour, plusieurs fois par jour, entre le grillage qui l’entourait et les arbustes. Ils m’ont laissé manger tous les noisetiers, et les framboisiers.

 

Et puis, le chien des voisins est venu me pourchasser quand il a fait intrusion par un passage qu’il s’est creusé sous le grillage.

 

Alors, je me suis blessé à la face dans les arbustes, tellement il m’a fait courir vite. J’ai traversé plusieurs fois la pelouse, il courait derrière moi et aboyait comme un chien enragé.

 

En voulant m’échapper, et me cacher derrière les thuyas, je me suis accroché les cornes dans le grillage. Les propriétaires et leurs voisins sont venus me dégager. Cela a été très difficile. Je suis grand et lourd et pourtant ils m’ont attrapé et soulevé comme une petite peluche. Ils avaient du plaisir à caresser ma robe en daim.

 

Ils ont dégagé mes cornes du grillage, et d’un énorme bond, avec mon agilité habituelle, j’ai traversé les arbustes et j’ai disparu à leurs yeux, comme un éclair. Je les entendais qui disaient « Mais où est-il passé ? » Ils pensaient que je resterais près d’eux, qu’ils allaient m’apprivoiser.

 

Et puis le Garde forestier est venu. Il a dit « Il faut qu’il retourne avec sa famille dans la forêt » C’est vrai ! Je les avais oubliés. Ils doivent être inquiets et me chercher.

 

Alors, à la tombée de la nuit, ils ont ouvert la barrière dans le fond du jardin, et je suis reparti retrouver les miens.

 

Ah ! Ce que j’étais bien ici ! Je reviendrai quand les noisetiers et les framboisiers auront repoussé.

 

Marie-Danielle Wodnicki